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🌿 L'Éclat du jour

 

Le courage n'est pas l'absence de peur.

C'est le moment où l'on décide que l'envie d'être soi est plus forte que la peur du regard des autres.
 

— Christine Jeantet

Jo a osé

Je l'appellerai Jo, pour préserver son anonymat.

Jo est venu assister à mon deuxième spectacle.

Un jeune homme discret. Très discret.

Le genre de personne qui entre dans une salle en espérant presque qu'on ne la remarque pas.

Derrière cette timidité se cachait un parcours de vie difficile et un profond manque de confiance en lui.

Et pourtant… il est venu.

Au début de l'expérience, Jo est resté en retrait. Il observait. Il se faisait tout petit, comme s'il voulait être là sans vraiment prendre sa place.

Puis, au fil de l'immersion, quelque chose s'est doucement transformé.

Je l'ai vu se laisser embarquer par l'univers de Zaza et Crissou.

Un sourire est apparu.

Un regard s'est éclairé.

Petit à petit, il a osé participer.

Puis il a fait un pas de plus.

Il est monté sur scène.

Là, devant une salle entière, il a trouvé le courage de déposer ce qu'il portait depuis si longtemps : sa peur profonde de parler devant les autres.

Le silence qui a suivi était rempli d'émotion.

Personne ne le jugeait.

Au contraire.

Tout le monde était touché par son authenticité, sa sincérité et l'immense courage qu'il venait de montrer.

Et dans ses yeux…

Nous avons tous vu cette étincelle.

La fierté d'avoir osé.

La fierté d'avoir dépassé, l'espace d'un instant, la peur qui l'accompagnait depuis si longtemps.

C'est cela, pour moi, la magie de l'immersion.

Voir une personne reprendre confiance en elle.

Voir un être humain retirer son masque et découvrir qu'il est accueilli tel qu'il est.

Parce que lorsque l'un ose être profondément lui-même, il offre souvent aux autres la permission de faire de même.

Alors...

Merci la vie.

Merci Jo.

Merci pour cet éclat du vivant que tu nous as offert ce soir-là.

 

🌿 L'Éclat du jour
 

 

Il existe des rencontres qui ne durent qu'un instant.

Et pourtant, elles continuent de vivre en nous bien après que les rideaux sont tombés.
 

— Christine Jeantet

 

Le dernier vol

Je l'appellerai simplement Monsieur A.

Avant que la vie ne bascule, il était pilote d'hélicoptère.

Il avait connu la guerre.

Il avait volé dans des situations que beaucoup d'entre nous n'oseront jamais imaginer.

Puis un AVC est venu bouleverser son existence.

Son corps portait les traces de cette épreuve.

Les mots ne sortaient presque plus.

Mais son regard, lui, disait encore beaucoup de choses.

Le jour où nous nous sommes rencontrés, Zaza est allée vers lui.

Comme elle le fait toujours.

Sans peur.

Sans jugement.

Avec cette curiosité tendre qui la caractérise.

En découvrant son histoire, elle s'est exclamée :

— Vous étiez pilote d'hélicoptère ? Oh là là... surtout ne me faites jamais monter avec vous ! Moi, j'aurais été une catastrophe comme copilote. À la première secousse, j'aurais demandé à descendre !

Toute les personnes présentes autour encore conscientes ont ri.

Et lui aussi. Ses yeux se sont éclairés. Son regard m'a transpercé par sa joie, avec une gratitude infinie.

Puis Zaza a continué à plaisanter avec lui, évoquant avec douceur son passé de pilote, ses missions, son courage, tout en apportant cette légèreté qui permet parfois d'approcher les souvenirs les plus lourds.

Alors quelque chose d'inattendu s'est produit.

Des larmes ont commencé à couler sur son visage.

Pas des larmes de tristesse.

Des larmes de joie.

Des larmes d'émotion.

Comme si, pendant quelques instants, il retrouvait celui qu'il avait été.

Puis il a tendu les mains vers Zaza.

Il l'a prise délicatement, avec mon aide, son corps ne répondant pas comme il le souhaitait.

Et, sans un mot, il a commencé à la faire vivre.

À la faire bouger.

Pendant quelques minutes, ce n'était plus moi qui manipulais la marionnette.

C'était lui.

Et je crois que ce n'était pas seulement Zaza qu'il faisait vivre.

C'était une part de lui-même.

Une part que la maladie n'avait jamais réussi à lui enlever.

Quelques mois plus tard, j'ai appris son décès.

J'ai pensé à lui.

À ses larmes.

À ce sourire.

À ses mains qui redonnaient vie à une marionnette.

Et je me suis dit que, parfois, nous ne mesurons jamais l'importance d'un instant.

Nous croyons offrir un spectacle.

Alors qu'en réalité, nous partageons un morceau de vie.

Aujourd'hui encore, lorsque je prends Zaza dans mes bras avant d'entrer en scène, il m'arrive de penser à lui.

Et je souris.

Parce que je sais qu'un ancien pilote d'hélicoptère lui a appris, un jour, une autre manière de voler.
Merci Monsieur A, pour ces instants précieux qui m'ont profondément touchée.

 

🌿 L'Éclat du jour

 

La vulnérabilité n'enlève rien à ce que nous sommes.

Elle nous permet simplement de déposer, enfin, ce que nous portions seuls depuis si longtemps.
 

— Christine Jeantet

 

Quand seule Zaza pouvait lui dire
 

Je l'appellerai Élise, pour préserver son anonymat.

Élise était une femme d'un certain âge.

Une femme élégante, cultivée, issue d'un milieu social privilégié.

Ancienne cheffe d'entreprise, elle avait mené sa vie avec exigence, détermination et une grande capacité à décider.

Habituée à guider les autres, à porter les responsabilités, elle avait toujours avancé avec l'image d'une femme forte.

Au fil de nos séances, j'ai pourtant perçu une autre réalité.

Sous cette assurance se cachait une immense difficulté à accueillir sa propre vulnérabilité.

À chaque fois que nous nous en approchions, je sentais qu'elle se protégeait.

Je savais que si ces mots venaient directement de moi, elle les analyserait, les comprendrait peut-être... mais ne les laisserait pas vraiment entrer.

Alors, ce jour-là, j'ai choisi un autre chemin.

J'ai pris Zaza.

Je savais pourtant qu'Élise ne l'appréciait pas vraiment.

Elle la trouvait un peu trop libre.

Un peu trop impertinente.

Peut-être même un peu dérangeante.

Et c'est précisément pour cela que je lui ai laissé la parole.

Zaza s'est approchée d'elle.

Elle l'a regardée quelques instants.

Puis elle lui a demandé, avec toute la simplicité qui la caractérise :

— Et si tu acceptais enfin ta part de vulnérabilité ?

Un immense silence s'est installé.

Élise n'a pas regardé Zaza.

Elle m'a regardée, moi.

Puis elle a répondu doucement :

— Je dois bien l'avouer... oui... je crois que je me sentirais mieux.

Je lui ai souri.

— Dis donc... c'est à Zaza que vous répondez, pas à moi.

Pour la première fois, elle a posé son regard sur cette petite marionnette qu'elle disait ne pas aimer.

Un sourire est apparu.

Puis elle lui a répondu :

— Je ne t'aime pas... mais tu as raison.

Cette phrase m'habite encore aujourd'hui.

Parce qu'elle m'a rappelé qu'accompagner une personne ne consiste pas seulement à trouver les bons mots.

Il s'agit aussi de sentir par quelle porte ils pourront entrer.

Ce jour-là, ce n'était pas moi qu'elle pouvait entendre.

C'était Zaza.

Et grâce à cette petite marionnette qu'elle pensait ne pas aimer, une femme qui avait passé sa vie à être forte s'est autorisée, l'espace d'un instant, à regarder sa propre fragilité avec douceur.

🌿 L'Éclat du jour

 

Lorsque les mots disparaissent, le cœur trouve souvent une autre façon de parler.

Et il nous rappelle que l'essentiel ne se dit pas toujours… il se ressent.

— Christine Jeantet

 

Quand les mots s'effacent... le cœur continue de parler

Je l'avais remarquée dès mon arrivée.

Son visage était paisible, mais les mots ne venaient plus.

La maladie avait peu à peu emporté sa parole.

Alors, beaucoup pensaient qu'elle ne pouvait plus vraiment communiquer.

Et puis...

Zaza est arrivée.

Elle s'est approchée d'elle tout doucement, comme on s'approche d'un enfant ou d'un oiseau que l'on ne veut pas effrayer.

À cet instant, quelque chose d'extraordinaire s'est produit.

Ses yeux se sont mis à pétiller.

Un éclat de joie est apparu dans son regard.

Elle tendait les mains vers Zaza, comme pour la rencontrer, la toucher, s'assurer qu'elle était bien là.

Puis de petits cris de bonheur ont rempli la pièce.

Des sons simples.

Mais tellement vivants.

Elle riait.

Elle voulait lui faire des bisous.

Et Zaza, avec toute sa tendresse, les accueillait un à un.

Pendant quelques minutes, il n'y avait plus de maladie.

Il n'y avait plus ce que cette femme avait perdu.

Il n'y avait plus que deux êtres qui se rencontraient.

L'une avec des mots.

L'autre avec des regards, des gestes et des élans du cœur.

Ce jour-là, elle nous a rappelé une chose essentielle.

Les mots ne sont pas le seul langage de l'amour.

Un regard qui s'illumine.

Une main qui cherche une autre main.

Un rire.

Un bisou.

Parfois, c'est là que se cache l'essentiel.

Et peut-être que le vivant commence précisément là où les mots s'arrêtent.

Merci à cette résidente.

Merci à Zaza.

Merci à ces instants si précieux qui nous rappellent que, même lorsque la parole s'efface, la capacité d'aimer, de ressentir et de partager demeure.

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🌿 L'Éclat du jour
 

Les plus belles lumières ne passent pas toujours par les yeux. Elles naissent souvent de ce que chacun peut encore partager.

— Christine Jeantet

 

La chef de choeur

Parmi les résidentes de l'EHPAD, il y a une dame qui est aveugle.

Lors de notre première rencontre, je lui ai proposé de découvrir Zaza et Zozo avec ses mains. Elle les a caressés avec beaucoup d'attention, en prenant le temps de sentir leur douceur, leur présence. Très vite, elle m'a parlé de Bécassine, sa poupée, qui l'accompagne depuis longtemps.

La semaine suivante, elle est arrivée avec Bécassine dans les bras. Elle voulait nous la présenter. C'était sa façon de nous faire entrer dans son histoire.

Au fil des séances, un autre rituel s'est installé : les chansons. Et, presque naturellement, c'est elle qui est devenue la cheffe de chœur. C'est elle qui donne le ton, qui entraîne le groupe et qui nous rappelle les paroles lorsque les mémoires hésitent. Les autres la suivent avec plaisir.

Je trouve cela profondément touchant. Celle qui ne voit plus est devenue celle qui rassemble les voix.

Avec Zaza et Zozo, il n'est pas seulement question de caresses ou de souvenirs. Il est aussi question de retrouver une place, d'oser être soi, et de découvrir que chacun a encore quelque chose à offrir aux autres.

 

🌿 L'Éclat du jour

Vieillir ne fait pas disparaître l'humour. Il lui donne parfois encore plus de saveur.
-Christine Jeantet
 

Le rire n'a pas d'âge.

Il y a des éclats de rire qui résonnent longtemps.

Ce jour-là, une résidente passait un long moment avec Zozo. Elle le caressait, le taquinait et lui parlait comme à un vieil ami.

Puis, tout à coup, avec un regard plein de malice, elle lui a lancé :

— Dis donc, toi... tu ne vas quand même pas me toucher les nénés !

Un instant de silence... puis toute la salle a éclaté de rire.

Elle riait elle aussi, heureuse de sa plaisanterie. Ce n'était ni de la provocation ni de la gêne, simplement un trait d'humour spontané qui a fait tomber toutes les barrières.

Pendant quelques minutes, il n'y avait plus de résidents, de soignants ou d'intervenants. Il y avait juste un groupe de personnes qui riaient ensemble.

C'est aussi cela que m'offrent Zaza et Zozo : des espaces où l'humour retrouve sa place, où chacun peut être espiègle, surprendre les autres et se laisser surprendre.

🌿 L'Éclat du jour
 

Nous ne pouvons pas toujours changer la vie des personnes.

Mais nous pouvons parfois changer leur journée.

Et c'est déjà une très belle manière de prendre soin du vivant.

— Christine Jeantet


Je l'appellerai Jeanne, pour préserver son anonymat.

À chaque atelier, c'est le même rituel.

À peine Zaza arrive-t-elle qu'elle se dirige vers Jeanne.

Elle la regarde avec son éternelle curiosité et lui demande :

— « Alors Jeanne… comment ça va aujourd'hui ? »

La réponse est toujours la même.

— « Bof… »

Un petit mot.

Un mot qui en dit long.

Alors, nous poursuivons notre chemin.

Nous allons saluer les autres résidents, plaisanter, chanter, rire, écouter.

La vie circule.

Puis, un peu plus tard, Zaza revient vers Jeanne.

— « Et maintenant… comment ça va ? »

Cette fois, son visage est un peu plus détendu.

Un léger sourire apparaît.

— « Ça va un peu mieux. »

Et nous continuons notre atelier.

Les chansons s'enchaînent.

Les échanges aussi.

On rit d'une bêtise de Zaza.

On applaudit une résidente

On partage un souvenir.

Puis, avant de repartir, Zaza retourne une dernière fois auprès de Jeanne.

Elle se penche vers elle et lui demande doucement :

— « Alors… maintenant… comment ça va ? »

Et, invariablement, Jeanne répond avec un sourire :

— « Oui… ça va. »

À chaque séance.

Le même chemin.

Du « bof » au « ça va ».

Certains diront que ce n'est pas grand-chose.

Moi, j'y vois beaucoup.

Parce que nous ne changeons peut-être pas sa maladie.

Nous ne faisons pas disparaître les difficultés de son quotidien.

Mais, pendant une heure, quelque chose s'allège.

Un sourire reprend sa place.

Une présence s'éveille.

Un peu de joie revient s'inviter.

Et parfois…

C'est déjà immense.

Merci Jeanne, de nous rappeler que le bonheur ne consiste pas toujours à aller parfaitement bien.

Il commence parfois simplement par passer de « bof » à « ça va ».

Et ce petit pas-là mérite, lui aussi, d'être célébré.


 



🌿 L'Éclat du jour
 

Nous ne grandissons pas en rejetant nos parts d'ombre.

Nous grandissons le jour où nous cessons d'en avoir honte.

Parce qu'accepter que nous sommes imparfaits est peut-être la plus belle façon de devenir pleinement humains.

— Christine Jeantet

 

Et si nos ombres faisaient aussi partie de nous ?

Il y a un moment dans l'expérience immersive Zaza et Crisssou,  où je demande à plusieurs personnes de venir sur scène.

Je leur tends un petit papier plié.

Personne ne sait ce qu'il va découvrir.

Le premier ouvre le sien.

« Courageux. »

Il sourit.

La salle applaudit.

Le deuxième.

« Généreuse. »

Elle est fière.

Puis arrive un troisième papier.

« Lâche. »

Le sourire disparaît.

Un léger malaise s'installe.

Comme si ce simple mot disait quelque chose qu'il fallait surtout cacher.

C'est alors que Zaza s'approche.

Elle le regarde avec toute la tendresse... qu'elle cache derrière son insolence.

Et lui demande :

— Dis-moi... tu n'as jamais été lâche dans ta vie ?

Il hésite.

Puis finit par répondre :

— Ben... si...

Alors Zaza éclate de rire.

— Ah ben voilà ! Je préfère ça ! Parce que si tu m'avais répondu "jamais", tu n'aurais pas seulement été lâche... tu aurais aussi été menteur !

La salle explose de rire.

Le malaise disparaît.

Tout le monde respire.

Parce qu'au fond...

Qui n'a jamais été lâche ?

Qui n'a jamais eu peur ?

Qui n'a jamais fui une discussion ?

Reporté une décision ?

Renoncé à dire ce qu'il ressentait ?

Personne.

Et c'est précisément là que quelque chose se transforme.

Nous passons notre vie à vouloir montrer nos plus belles qualités.

Nous voulons être courageux.

Gentils.

Bienveillants.

Patients.

Comme si nos failles devaient rester cachées.

Mais accepter que nous avons parfois été lâches ne fait pas de nous de mauvaises personnes.

Cela fait simplement de nous... des êtres humains.

Je crois profondément que le jour où nous cessons de lutter contre certaines parts de nous-mêmes, elles perdent leur pouvoir.

Elles ne nous définissent plus.

Elles racontent simplement un morceau de notre histoire.

Et ce jour-là, sur scène, grâce à un simple bout de papier et à une marionnette un peu insolente...

Une salle entière comprend que nous sommes tous faits de lumière...

...et d'ombre.

Et qu'il est inutile de vouloir supprimer l'une pour mériter l'autre.



🌿 L'Éclat du jour
 

 

Les émotions n'ont pas de sexe.

Elles sont simplement la preuve que notre cœur est encore vivant.

— Christine Jeantet

 

Et si les hommes avaient enfin le droit de pleurer ?

Il y a un moment dans le show participatif avec  Zaza & Crissou que j'aime particulièrement.

Parce qu'il fait rire.

Beaucoup rire.

Et parce qu'il ouvre, en quelques secondes, une conversation que nous n'avons pas souvent.

Zaza s'approche d'un homme dans le public.

Elle le regarde droit dans les yeux.

Et lui demande très sérieusement :

— Dis-moi... quand tu étais petit... tu avais le droit de pleurer ?

Souvent, un sourire apparaît.

Puis la réponse tombe.

— Pas vraiment...

Alors Zaza poursuit, avec son franc-parler légendaire :

— Ben oui, quoi ! Un garçon, ça ne pleure pas ! Sinon on te traitait de faible, de tafiole, de tarlouze...

La salle éclate de rire.

Parce que chacun reconnaît ces phrases.

Pas parce qu'elles sont justes.

Mais parce qu'elles ont traversé des générations.

Alors j'ajoute, avec un sourire :

— Eh bien... tu remercieras tes parents ! Grâce à eux, tu es devenu un magnifique castré émotionnel !

Et là...

Tout le monde rit.

Les femmes.

Les hommes.

Parfois même celui qui vient de répondre.

On rit parce que l'humour nous permet de regarder autrement ce qui nous a construits.

On rit parce que, tout à coup, on comprend l'absurdité de ces injonctions.

Et derrière les éclats de rire, quelque chose de plus profond se met à circuler.

Les langues se délient.

Les hommes racontent.

Les femmes écoutent autrement.

On parle de l'enfant que l'on a été.

De celui qui a appris à ravaler ses larmes.

À être fort.

À ne pas montrer.

À ne pas ressentir.

Et je me dis souvent que, si un spectacle peut permettre à un homme de repartir en se disant :

"Finalement... j'ai peut-être le droit d'être touché."

Alors nous avons déjà gagné quelque chose.

Parce qu'aucune émotion n'est une faiblesse.

Elles sont le langage du vivant.

Et peut-être qu'autoriser un homme à pleurer, c'est aussi lui redonner le droit d'être pleinement humain.

🌿 L'Éclat du jour
 

 

Les garçons n'ont jamais eu besoin d'apprendre à être plus forts.

Les filles n'ont jamais eu besoin d'apprendre à être plus sages.

Nous avons tous besoin d'apprendre à accueillir nos émotions... sans honte, sans peur et sans masque.

— Christine Jeantet
 

Et les filles, alors ?

Après avoir taquiné les hommes sur leurs larmes interdites, je me tourne vers les femmes.

Parce qu'il n'y a pas que les garçons qui ont grandi avec des injonctions.

Je regarde une femme dans le public.

Et je lui demande :

— Et toi... quand tu étais petite... tu avais le droit de te mettre en colère ?

Souvent, il y a un silence.

Puis un sourire.

Et presque toujours...

La même réponse.

— Pas vraiment...

Alors Zaza entre dans la danse.

— Ben oui ! Une petite fille, ça doit être gentille... bien sage... bien polie... ça ne fait pas de bruit... ça ne répond pas... et surtout... ça ne se met pas en colère !

Les rires fusent.

Parce que ces phrases-là aussi, beaucoup les ont entendues.

Alors je poursuis avec un clin d'œil :

— Eh bien... tu remercieras tes parents ! Grâce à eux, tu es devenue une championne du "ça va", alors que ça ne va pas du tout !

Cette fois, les femmes éclatent de rire.

Les hommes aussi.

Parce qu'ils reconnaissent leurs mères.

Leurs compagnes.

Leurs filles.

Et tout à coup, derrière l'humour, quelque chose apparaît.

Combien de femmes ont appris à ravaler leur colère ?

À faire passer les besoins des autres avant les leurs ?

À sourire alors qu'elles avaient envie de crier ?

Nous rions.

Mais ce rire n'est jamais une moquerie.

Il est une permission.

La permission de regarder avec tendresse ce que l'on nous a appris.

Et de choisir, aujourd'hui, un autre chemin.

Parce qu'une colère entendue ne détruit pas.

Elle informe.

Elle protège.

Elle rappelle que nous existons.

Et peut-être que la vraie sagesse n'est pas de ne jamais se mettre en colère.

Mais de savoir l'écouter avant qu'elle ne se transforme en silence.


🌿 L'Éclat du jour

Parfois, il suffit d'un éclat de rire pour réveiller tout un groupe.
- Christine Jeantet

Une leçon de ski… en plein été
 

Ce jour-là, j'échangeais avec une résidente qui avait été professeure de ski.

À peine Zaza l'a-t-elle appris qu'elle s'est approchée d'elle avec ses grands yeux émerveillés.

« Oh ! Vous pourriez m'apprendre à skier ? Parce que moi, je suis sûre que je peux y arriver ! »

La dame a souri avec une infinie tendresse.

C'est alors que Crissou est intervenue.

« Euh… avant de lui donner des cours, il faudrait peut-être vous prévenir… Elle est vraiment nulle en ski de piste ! »

Tout le monde a éclaté de rire.

Zaza a fait semblant de bouder.

« Ce n'est même pas vrai… Enfin… presque pas… ça n'est pas parce que je n'ai pas de bras, ni de jambes, que je ne vais pas y arriver ! »

La résidente riait de bon cœur. Un rire franc, communicatif, qui remplissait toute la pièce.

Pendant quelques minutes, nous n'étions plus dans un EHPAD.

Nous étions sur les pistes enneigées, à imaginer Zaza dévalant la montagne, Crissou courant derrière elle et notre ancienne monitrice essayant, avec beaucoup de courage, de leur apprendre à skier.

J'aime ces instants où les souvenirs deviennent un terrain de jeu.

Ils redonnent vie aux passions d'hier, réveillent les métiers exercés avec fierté et offrent aux résidents l'occasion de transmettre encore.

Car on ne cesse jamais d'être ce que l'on a profondément aimé.

Et quand ce savoir rencontre l'humour de Zaza et les taquineries de Crissou, les rides s'effacent un instant… pour laisser toute la place aux sourires.
 

Et vous, quelle passion aimeriez-vous transmettre, même aujourd'hui ? ⛷️❤️


 

🌿 L'Éclat du jour

Il existe un trésor que le temps ne peut voler
- Christine Jeantet

 

Il y a des questions qui ouvrent des portes.

Ce jour-là, j'ai demandé aux résidents :

« Quel est le plus beau souvenir de votre vie ? »

Le silence s'est installé quelques secondes... puis les regards se sont éclairés.

Les réponses étaient toutes différentes, mais elles avaient un point commun.

Ce n'était ni une belle voiture, ni une réussite professionnelle, ni un compte en banque bien rempli.

C'était la naissance d'un enfant, un mariage, un éclat de rire en famille, un voyage qui avait changé leur regard sur le monde, une rencontre, un coucher de soleil partagé avec l'être aimé.

À chaque récit, les visages s'illuminaient.

Pendant quelques instants, ils n'étaient plus dans un EHPAD. Ils étaient de nouveau sur cette plage, dans cette maison de famille, au bras de leur amoureux, entourés de leurs enfants.

Et Zaza, les yeux grands ouverts, s'émerveillait avec eux.

« Oh... alors ça, c'est un souvenir qui fait battre le cœur ! »

Elle applaudissait, riait avec eux et savourait leur bonheur comme s'il était le sien.

J'observais quelque chose de précieux.

Les souvenirs heureux ne vieillissent pas.

Ils restent vivants, quelque part en nous, prêts à refaire surface dès qu'on leur laisse une place.

Finalement, la vieillesse ne nous enlève pas nos plus beaux moments.

Ils deviennent même parfois notre plus grande richesse.

Chaque mois, ces femmes et ces hommes m'offrent une immense leçon de vie. Ils me rappellent, avec une simplicité bouleversante, ce qui compte vraiment.

Et vous...

Si vous ne pouviez garder qu'un seul souvenir de votre vie, lequel choisiriez-vous ? ❤️

 

🌿 L'éclat du jour
 

« L'amour n'a pas d'âge... il a juste besoin qu'on le laisse vivre. »
- Christine Jeantet

 

« Et alors... vous faites l'amour ? »

Il y a des questions qui dérangent.

Et puis il y a celles qui réveillent le vivant.

Aujourd'hui, j'étais avec Zaza auprès d'une résidente.

Je lui demande avec un sourire :

— « Dites-moi... vous avez un amoureux ? »

Son visage s'éclaire instantanément.

Ce n'était plus une résidente.

C'était une femme.

Une femme amoureuse.

— « Oh oui ! » me répond-elle avec cette petite étincelle que l'on reconnaît entre mille.

— « Et où vous êtes-vous rencontrés ? »

— « Ici... »

— « Et ça se passe bien ? »

Elle sourit, un peu gênée, un peu fière aussi.

— « Oui... très bien... »

Et là...

Zaza, avec la finesse d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, lance :

— « Et alors... vous niquez ? »

Le silence.

Une demi-seconde.

Puis l'EHPAD explose de rire.

La résidente rit de bon cœur.

Les soignants aussi.

Moi aussi.

Et derrière ce fou rire, il y avait quelque chose de bouleversant.

Pourquoi cette question nous fait-elle autant rire ?

Parce qu'au fond, elle met en lumière un immense non-dit.

Nous acceptons qu'une personne âgée ait besoin d'aide pour marcher.

Qu'elle prenne des médicaments.

Qu'elle fasse de la rééducation.

Mais nous avons beaucoup plus de mal à imaginer qu'elle puisse encore tomber amoureuse.

Avoir envie d'un baiser.

D'une caresse.

D'une complicité.

Ou simplement d'être désirée.

Comme si l'amour avait une date de fin.

Comme si le désir prenait sa retraite à 70 ans.

Comme si les rides avaient le pouvoir d'effacer le cœur.

Pourtant, ce jour-là, je n'ai pas vu une personne âgée.

J'ai vu une femme heureuse de parler de son amoureux.

Une femme qui rougissait encore.

Une femme qui avait des étoiles dans les yeux.

Et je me suis dit que nous avions tous quelque chose à apprendre d'elle.

Parce que vieillir ne nous enlève pas notre humanité.

Ni notre besoin d'aimer.

Ni notre besoin d'être aimé.

L'amour n'habite pas un corps jeune.

Il habite un cœur.

Et les cœurs, eux, ne prennent jamais leur retraite.

Alors merci, Zaza.

Parce que sous ton humour irrévérencieux se cache une immense tendresse.

Tu oses poser les questions que personne n'ose poser.

Et ce faisant, tu rends à ces femmes et à ces hommes quelque chose de précieux.

Le droit d'être regardés autrement que comme des « personnes âgées ».

Le droit d'être encore des amoureux.

Le droit d'être encore vivants.

Parce qu'au fond...

Le contraire de vieillir n'est pas être jeune.

Le contraire de vieillir...

C'est arrêter d'aimer.

« En EHPAD, je ne rencontre pas des personnes en fin de vie. Je rencontre des vies qui continuent. Et parfois, elles continuent en tombant amoureuses. »

 

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