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🌿 L'Éclat du jour

 

Le courage n'est pas l'absence de peur.

C'est le moment où l'on décide que l'envie d'être soi est plus forte que la peur du regard des autres.
 

— Christine Jeantet

Jo a osé

Je l'appellerai Jo, pour préserver son anonymat.

Jo est venu assister à mon deuxième spectacle.

Un jeune homme discret. Très discret.

Le genre de personne qui entre dans une salle en espérant presque qu'on ne la remarque pas.

Derrière cette timidité se cachait un parcours de vie difficile et un profond manque de confiance en lui.

Et pourtant… il est venu.

Au début de l'expérience, Jo est resté en retrait. Il observait. Il se faisait tout petit, comme s'il voulait être là sans vraiment prendre sa place.

Puis, au fil de l'immersion, quelque chose s'est doucement transformé.

Je l'ai vu se laisser embarquer par l'univers de Zaza et Crissou.

Un sourire est apparu.

Un regard s'est éclairé.

Petit à petit, il a osé participer.

Puis il a fait un pas de plus.

Il est monté sur scène.

Là, devant une salle entière, il a trouvé le courage de déposer ce qu'il portait depuis si longtemps : sa peur profonde de parler devant les autres.

Le silence qui a suivi était rempli d'émotion.

Personne ne le jugeait.

Au contraire.

Tout le monde était touché par son authenticité, sa sincérité et l'immense courage qu'il venait de montrer.

Et dans ses yeux…

Nous avons tous vu cette étincelle.

La fierté d'avoir osé.

La fierté d'avoir dépassé, l'espace d'un instant, la peur qui l'accompagnait depuis si longtemps.

C'est cela, pour moi, la magie de l'immersion.

Voir une personne reprendre confiance en elle.

Voir un être humain retirer son masque et découvrir qu'il est accueilli tel qu'il est.

Parce que lorsque l'un ose être profondément lui-même, il offre souvent aux autres la permission de faire de même.

Alors...

Merci la vie.

Merci Jo.

Merci pour cet éclat du vivant que tu nous as offert ce soir-là.

 

🌿 L'Éclat du jour
 

 

Il existe des rencontres qui ne durent qu'un instant.

Et pourtant, elles continuent de vivre en nous bien après que les rideaux sont tombés.
 

— Christine Jeantet

 

Le dernier vol

Je l'appellerai simplement Monsieur A.

Avant que la vie ne bascule, il était pilote d'hélicoptère.

Il avait connu la guerre.

Il avait volé dans des situations que beaucoup d'entre nous n'oseront jamais imaginer.

Puis un AVC est venu bouleverser son existence.

Son corps portait les traces de cette épreuve.

Les mots ne sortaient presque plus.

Mais son regard, lui, disait encore beaucoup de choses.

Le jour où nous nous sommes rencontrés, Zaza est allée vers lui.

Comme elle le fait toujours.

Sans peur.

Sans jugement.

Avec cette curiosité tendre qui la caractérise.

En découvrant son histoire, elle s'est exclamée :

— Vous étiez pilote d'hélicoptère ? Oh là là... surtout ne me faites jamais monter avec vous ! Moi, j'aurais été une catastrophe comme copilote. À la première secousse, j'aurais demandé à descendre !

Toute les personnes présentes autour encore conscientes ont ri.

Et lui aussi. Ses yeux se sont éclairés. Son regard m'a transpercé par sa joie, avec une gratitude infinie.

Puis Zaza a continué à plaisanter avec lui, évoquant avec douceur son passé de pilote, ses missions, son courage, tout en apportant cette légèreté qui permet parfois d'approcher les souvenirs les plus lourds.

Alors quelque chose d'inattendu s'est produit.

Des larmes ont commencé à couler sur son visage.

Pas des larmes de tristesse.

Des larmes de joie.

Des larmes d'émotion.

Comme si, pendant quelques instants, il retrouvait celui qu'il avait été.

Puis il a tendu les mains vers Zaza.

Il l'a prise délicatement, avec mon aide, son corps ne répondant pas comme il le souhaitait.

Et, sans un mot, il a commencé à la faire vivre.

À la faire bouger.

Pendant quelques minutes, ce n'était plus moi qui manipulais la marionnette.

C'était lui.

Et je crois que ce n'était pas seulement Zaza qu'il faisait vivre.

C'était une part de lui-même.

Une part que la maladie n'avait jamais réussi à lui enlever.

Quelques mois plus tard, j'ai appris son décès.

J'ai pensé à lui.

À ses larmes.

À ce sourire.

À ses mains qui redonnaient vie à une marionnette.

Et je me suis dit que, parfois, nous ne mesurons jamais l'importance d'un instant.

Nous croyons offrir un spectacle.

Alors qu'en réalité, nous partageons un morceau de vie.

Aujourd'hui encore, lorsque je prends Zaza dans mes bras avant d'entrer en scène, il m'arrive de penser à lui.

Et je souris.

Parce que je sais qu'un ancien pilote d'hélicoptère lui a appris, un jour, une autre manière de voler.
Merci Monsieur A, pour ces instants précieux qui m'ont profondément touchée.

 

🌿 L'Éclat du jour

 

La vulnérabilité n'enlève rien à ce que nous sommes.

Elle nous permet simplement de déposer, enfin, ce que nous portions seuls depuis si longtemps.
 

— Christine Jeantet

 

Quand seule Zaza pouvait lui dire
 

Je l'appellerai Élise, pour préserver son anonymat.

Élise était une femme d'un certain âge.

Une femme élégante, cultivée, issue d'un milieu social privilégié.

Ancienne cheffe d'entreprise, elle avait mené sa vie avec exigence, détermination et une grande capacité à décider.

Habituée à guider les autres, à porter les responsabilités, elle avait toujours avancé avec l'image d'une femme forte.

Au fil de nos séances, j'ai pourtant perçu une autre réalité.

Sous cette assurance se cachait une immense difficulté à accueillir sa propre vulnérabilité.

À chaque fois que nous nous en approchions, je sentais qu'elle se protégeait.

Je savais que si ces mots venaient directement de moi, elle les analyserait, les comprendrait peut-être... mais ne les laisserait pas vraiment entrer.

Alors, ce jour-là, j'ai choisi un autre chemin.

J'ai pris Zaza.

Je savais pourtant qu'Élise ne l'appréciait pas vraiment.

Elle la trouvait un peu trop libre.

Un peu trop impertinente.

Peut-être même un peu dérangeante.

Et c'est précisément pour cela que je lui ai laissé la parole.

Zaza s'est approchée d'elle.

Elle l'a regardée quelques instants.

Puis elle lui a demandé, avec toute la simplicité qui la caractérise :

— Et si tu acceptais enfin ta part de vulnérabilité ?

Un immense silence s'est installé.

Élise n'a pas regardé Zaza.

Elle m'a regardée, moi.

Puis elle a répondu doucement :

— Je dois bien l'avouer... oui... je crois que je me sentirais mieux.

Je lui ai souri.

— Dis donc... c'est à Zaza que vous répondez, pas à moi.

Pour la première fois, elle a posé son regard sur cette petite marionnette qu'elle disait ne pas aimer.

Un sourire est apparu.

Puis elle lui a répondu :

— Je ne t'aime pas... mais tu as raison.

Cette phrase m'habite encore aujourd'hui.

Parce qu'elle m'a rappelé qu'accompagner une personne ne consiste pas seulement à trouver les bons mots.

Il s'agit aussi de sentir par quelle porte ils pourront entrer.

Ce jour-là, ce n'était pas moi qu'elle pouvait entendre.

C'était Zaza.

Et grâce à cette petite marionnette qu'elle pensait ne pas aimer, une femme qui avait passé sa vie à être forte s'est autorisée, l'espace d'un instant, à regarder sa propre fragilité avec douceur.

🌿 L'Éclat du jour

 

Lorsque les mots disparaissent, le cœur trouve souvent une autre façon de parler.

Et il nous rappelle que l'essentiel ne se dit pas toujours… il se ressent.

— Christine Jeantet

 

Quand les mots s'effacent... le cœur continue de parler

Je l'avais remarquée dès mon arrivée.

Son visage était paisible, mais les mots ne venaient plus.

La maladie avait peu à peu emporté sa parole.

Alors, beaucoup pensaient qu'elle ne pouvait plus vraiment communiquer.

Et puis...

Zaza est arrivée.

Elle s'est approchée d'elle tout doucement, comme on s'approche d'un enfant ou d'un oiseau que l'on ne veut pas effrayer.

À cet instant, quelque chose d'extraordinaire s'est produit.

Ses yeux se sont mis à pétiller.

Un éclat de joie est apparu dans son regard.

Elle tendait les mains vers Zaza, comme pour la rencontrer, la toucher, s'assurer qu'elle était bien là.

Puis de petits cris de bonheur ont rempli la pièce.

Des sons simples.

Mais tellement vivants.

Elle riait.

Elle voulait lui faire des bisous.

Et Zaza, avec toute sa tendresse, les accueillait un à un.

Pendant quelques minutes, il n'y avait plus de maladie.

Il n'y avait plus ce que cette femme avait perdu.

Il n'y avait plus que deux êtres qui se rencontraient.

L'une avec des mots.

L'autre avec des regards, des gestes et des élans du cœur.

Ce jour-là, elle nous a rappelé une chose essentielle.

Les mots ne sont pas le seul langage de l'amour.

Un regard qui s'illumine.

Une main qui cherche une autre main.

Un rire.

Un bisou.

Parfois, c'est là que se cache l'essentiel.

Et peut-être que le vivant commence précisément là où les mots s'arrêtent.

Merci à cette résidente.

Merci à Zaza.

Merci à ces instants si précieux qui nous rappellent que, même lorsque la parole s'efface, la capacité d'aimer, de ressentir et de partager demeure.

🌿 L'Éclat du jour

Lorsque les mots disparaissent, le cœur trouve souvent une autre façon de parler.

Et il nous rappelle que l'essentiel ne se dit pas toujours… il se ressent.

— Christine Jeantet

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